Thème : cycle viral, VIH
Plus de quarante ans après la découverte du virus du sida, une étude publiée dans Nature apporte un nouvel éclairage sur les premières étapes de l’infection par le VIH-1. Le virus ne se contente pas d’entrer dans le lymphocyte T CD4, il déclenche aussi une cascade de signaux qui modifie le fonctionnement des pores nucléaires et facilite ainsi l’entrée de sa capside dans le noyau.
C'est une étape cruciale car le noyau représente en effet une barrière majeure. Le VIH transporte son génome à l’intérieur d’une capside, une coque protéique, qui doit franchir le complexe du pore nucléaire pour que l’infection soit durable. Pendant longtemps, on avait pensé que la capside virale devait d’abord se désassembler dans le cytoplasme avant d’entrer dans le noyau. Or, des capsides intactes ou quasi intactes peuvent franchir directement le pore nucléaire et la transcription inverse peut même se poursuivre dans le noyau, voire s’y dérouler principalement.
Cycle viral du HIV. Contrairement à ce qui est souvent dessiné sur des schémas comme celui-ci, la capside peut rentrer dans le noyau et la réverse transcription peut se faire dans ce compartiment. Source : https://viralzone.expasy.org/5096
L’étude montre que le virus contourne ce verrou en activant une cascade de signalisation lorsque l’enveloppe du VIH entre en contact avec le récepteur CD4 de la cellule cible. Ce contact finit par activer la kinase CDK1, une kinase dépendante des cyclines surtout connue pour son rôle dans le cycle cellulaire. Ici, CDK1 est activée indépendamment de toute entrée en cycle cellulaire : la cellule ne se divise pas, mais elle modifie tout de même le fonctionnement de son noyau.
CDK1 phosphoryle ensuite plusieurs nucléoporines, les protéines qui forment les pores nucléaires. Ce remodelage rend le pore plus permissif au passage du matériel viral et augmente la présence de capsides à l'intérieur du noyau. Autrement dit, le VIH exploite une voie normale de signalisation cellulaire pour transformer temporairement l’architecture du pore nucléaire à son avantage.
| Le contact entre l’enveloppe virale et le récepteur CD4 active la kinase Lck, qui déclenche ensuite l’activation de CDK1 en association avec la cycline B. CDK1 phosphoryle plusieurs résidus de nucléoporines, ce qui entraîne un remodelage du complexe du pore nucléaire (NPC). Cette modification de l’architecture du pore favorise alors le passage de la capside virale vers le noyau, étape clé pour que l'infection soit efficace. Source : https://www.nature.com/articles/s41586-026-10453-3 |
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