lundi 11 avril 2016

Introduction d'une mutation qui rend résistant au VIH dans des embryons humains

Pour CAPES et Agreg
Thèmes : génomique, biotechnologie, VIH
 
Entrée du VIH dans un lymphocyte grâce à CCR5 et CD4

La technique CRISPR/Cas9 est une technique qui permet d'éditer les séquences génomiques avec une très bonne efficacité et une bonne précision.Cette technique est expliquée ICI.
Evidemment il était tentant d'appliquer la technique à l'humain et tout particulièrement au cours des stades précoces du développement embryonnaire. C'est ce qu'a fait une équipe chinoise en Avril 2015 en modifiant un allèle causant la bêta-thalassémie de la bêta-globine. Ce premier essai avait révélé une efficacité assez faible avec en plus des mutations introduites ailleurs que dans le locus voulu. 

Une autre équipe chinoise vient de tenter un nouvel essai. Cette fois-ci la cible était CCR5, le co-récepteur du virus VIH. Il s'agissait d'introduire une mutation qui rend impossible l'entrée du virus (et qui est présente chez des personnes résistantes au virus = l'allèle CCR5-Δ32, il s'agit d'une délétion de 32 pb qui aboutit à un codon stop prématuré car le cadre de lecture est décalé). L'essai a été fait sur des embryons issus de fécondation in vitro mais non réimplantables et non viables car ils avaient des anomalies chromosomiques. Résultat : 4 des 26 embryons humains ont eu leur génome modifié correctement. Au bout de quelques jours, les embryons ont été détruits, sans vraiment tester d'ailleurs que leurs cellules étaient résistantes à l'infection au VIH (il aurait fallu faire des cellules ES à partir de ces embryons et les différencier en lymphocytes CD4+ pour le tester).

Evidemment, ce genre de tests réveille des questions éthiques. Tout d'abord toute modification à ces stades précoces du développement (ici des zygotes = stade 1 cellule) peut aboutir à modifier le génome de la lignée germinale et donc cette modification peut être transmise à la descendance ce qui revient à changer artificiellement le patrimoine génétique de l'humanité. Dans les thérapies géniques classiques, ce sont les cellules somatiques qui sont les cibles et donc les modifications introduites mourront avec le patient. Egalement, se pose le problème de l'efficacité encore faible de la technique chez les embryons humains (alors que l'efficacité est beaucoup plus forte dans des cellules isolées en culture), ce qui la rend inapplicable en l'état.

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