mercredi 11 juin 2014

Le mâle, c'est bien contre le paludisme

Pour CAPES et Agreg
Thèmes : parasitisme, déterminisme génétique du sexe, insectes

Comme nous l'a rappelé une polémique récente, l'animal le plus dangereux pour l'Homme n'est pas le requin mais les moustiques du genre Anopheles, vecteurs du parasite unicellulaire qui cause le paludisme, responsable de 700.000 morts par an. 



Des chercheurs anglais (article paru dans Nature Communications le 10 juin) ont développé une méthode originale pour diminuer les populations d'Anophèles : ils ont généré une souche de moustiques à 90% mâle en créant une distortion du sex ratio par manipulation génétique. Pour faire cela, ils ont fait exprimer lors de la spermatogénèse dans des moustiques transgéniques une endonucléase appelée I-Ppol qui clive des séquences d'ADN ne se trouvant que sur le chromosome X, ce qui aboutit à générer des gamètes avec un chromosome X coupé en morceaux.

Chez les moustiques, le sexe est en apparence déterminé génétiquement comme chez les humains, les XX sont femelles et les XY mâles (mais les porteurs d'un seul chromosome X sont mâles,contrairement aux humains où ils sont femelles (avec des défauts, syndrome de Turner), il y a quand même des différences dans le détail). La moitié des spermatozoïdes est porteur du chromosome X, l'autre moitié du chromosome Y. Les spermatozoïdes des mâles transgéniques où le chromosome X a été morcelé ont des anomalies qui ne vont pas leur permettre d'assurer la fécondation et ce sont très majoritairement les spermatozoïdes porteurs du chromosome Y qui se retrouvent fécondants.

Des croisements de populations d'Anophèles sauvages en laboratoire avec ces mâles transgéniques ont abouti à diminuer drastiquement les populations au bout de 3 ou 4 générations, faute de femelles en nombre suffisants pour pondre des oeufs (les femelles sont le facteur limitant pour la reproduction). En plus, ce manque de femelles a des effets potentiels immédiats sur la propagation de la maladie, puisque ce sont uniquement les femelles qui piquent et transmettent le paludisme.

Maintenant, il reste à savoir ce qu'il va se passer avec ces moustiques transgéniques dans la vraie vie, c'est-à-dire sur le terrain, hors des laboratoires.

Voir aussi cet article.

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